La décision de l'UE : triomphe pour les uns et défaite pour d'autres 25/10/2013

Le résultat du vote des eurodéputés qui a fait triomphé le « Non » à l'idée de considérer la cigarette électronique comme un médicament a été une victoire significative pour les revendeurs de cigarettes électroniques. Cette décision signifie que la commercialisation de la cigarette électronique ne se limitera pas aux pharmacies et elle restera libre. Les utilisateurs de ce nouveau produit ou "vapoteurs" pourront donc continuer à affluer dans les boutiques de vente spécialisées…

Cependant, l'achat d'e-cigarettes ne sera pas accessible aux mineurs. Sa publicité est également interdite et cette disposition pourrait bien être la seule qui fait l'unanimité auprès de toutes les autorités sanitaires.

Néanmoins, le résultat du vote, traduit en un texte, doit encore être soumis à un Comité de conseil formé par les représentants des 28 Etats membres de l'UE avant d'entrer en vigueur.

Quel que soit le résultat de ce vote, tous les acteurs savaient déjà que cela aura d'importantes conséquences.

Voyons d'abord qui figurent dans la liste des perdants dans cette histoire et pourquoi :

Il y a tout d'abord l'industrie du tabac. On peut citer Philip Morris ou Imperial Tobacco. Ces deux géants du tabac ont beaucoup à perdre dans cette décision de l'Union Européenne, même s'il ne s'agit pas d'une perte directe. Si la vente des e-cigarettes était exclusivement réservée aux pharmacies, cela aurait pu conduire à une diminution significative du nombre d'utilisateurs de ce nouveau produit et par conséquent, aurait pu protéger la part de marché de l'industrie de tabac. "Les 90% d'utilisateurs qui n'ont aucun désir d'arrêter de fumer n'iront pas s'approvisionner en pharmacie et perdront de fait un bénéfice pour leur santé", constate le président de l'OFT, le professeur Bertrand Dautzenberg dans le Figaro. Pour l'industrie traditionnelle, on pourrait dire que le business de l'e-cigarette a débarqué de façon inopinée.

C'est alors à Bruxelles que le lobby du tabac s'est montré très actif. Selon quelques sources, le grand groupe du tabac, Philip Morris serait même allé jusqu'à fiché les parlementaires, notamment les français, pour mieux les aborder. On parle même d'un repas à 10.000 euros qu'aurait organisé le géant cigarettier British American Tobacco, en la présence d'un groupe de parlementaires français, dont François Sauvadet (UDI), Patrick Balkany (UMP), Jean-Claude Lenoir (UMP), Odile Saugues (PS) ou encore le député Dominique Bussereau (UMP).


On compte aussi parmi ceux qui espéraient beaucoup de ce vote les groupes pharmaceutiques. Les groupes pharmaceutiques sont aussi les perdants « potentiels ». L'exigence d'une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) délivrée par l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) aurait pu rapporter gros à ces laboratoires pharmaceutiques puisqu'elles sont les seules structures ayant les moyens financiers pour soutenir une mise sur le marché, étant eux même des fabricants de médicaments…

Dans le même sens, le classement des e-cigarettes en tant que médicament aurait indéniablement réjoui les pharmacies. Et il a été constaté que certains n'ont même pas attendu le résultat du vote des eurodéputés pour attribuer un statut de médicament à ces produits, affirmant qu'ils ont un intérêt sanitaire indéniable. D'ailleurs, certaines pharmacies proposaient déjà des e-cigarettes en parapharmacie, c'est à dire dans les rayons où les produits n'ont nullement besoin de remplir les normes requises par la liste officielle des médicaments.

Viennent ensuite les médecins qui auraient pu obtenir une population nouvelle de patients. C'est-à-dire les fumeurs qui souhaitent obtenir un peu plus d'informations sur le type de cigarette électronique qui leur est adaptée afin de « guérir » du tabagisme. Ce serait comme lorsqu'un fumeur souhaite s'orienter vers l'utilisation d'un substitut nicotinique tels que les patchs ou les gommes.

L'un des plus grands perdants dans cette décision est l'Etat. Il s'agit du principal bénéficiaire du commerce de tabac en France. Difficile de ne pas s'inquiéter pour ses 15 milliards d'euros annuels provenant des taxes du tabac, et qui risquent de partir en vapeur à cause du succès trop rapide des e-cigarettes. Au moins, le classement de l'e-cigarette comme un médicament aurait apporté une nouvelle taxe parce que tout nouveau médicament enregistré auprès de l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) devrait y être soumis.

Voyons ensuite du côté des « gagnants ».

Les fabricants et les boutiques de cigarettes électroniques sont aujourd'hui près de 500, avec à leur actif plus de 2000 emplois et près de 1,5 millions consommateurs, comme l'indique le CACE (collectif des acteurs de la cigarette électronique). Il est évident que la mise en vente exclusive en pharmacie de ce produit novateur aurait comme conséquence immédiate la fin de ce business en plein essor. L'explication est simple selon le CACE : "On ne pourrait pas obtenir autant d'autorisations de mise sur le marché (obligatoire quand il s'agit de médicament). Car ces procédures sont coûteuses et cela entraînerait un investissement de 80 milliards"

L'OFT (Office français de prévention du tabagisme) a révélé que les boutiques de vente spécialisées dégagent déjà en moyenne entre 120.000 et 200.000 euros de chiffre d'affaires annuel. Au total, "un million de consommateurs dépenseront chacun en moyenne 100 euros par an dans les e-cigarettes et les e-liquides, soit 100 millions d'euros", souligne l'OFT au Figaro. L'OFT rappelle que ce chiffre d'affaires de 100 millions d'euros correspond à celui du marché de l'ensemble des médicaments d'arrêt du tabac en France, ceux qui sont approuvés. Mais comparé au marché du tabac, il est encore peu significatif car pour ce secteur existant depuis plusieurs décennies, le chiffre est estimé à 3,8 milliards par an. Toutefois, il faut savoir que les e-cigarettes représenteraient 3% du marché du tabac en France pour l'année 2013.

Le plus gros gagnant ? La santé des fumeurs ! Le pneumologue Bertrand Dautzenberg estime que la cigarette électronique est infiniment moins toxique que le tabac. "Elle contient beaucoup moins de substances délétères: ni particules solides, ni goudron, ni autres substances cancérogènes, ni monoxyde de carbone (CO)", constate-t-il dans le rapport qu'il a remis en mai au ministère de la Santé. La cigarette électronique pourrait sauver la vie de beaucoup d'accros à la nicotine du tabac.

De plus, cette décision de faire des e-cigarettes un médicament, aurait conduit à des coûts de production beaucoup plus élevés, nuisant directement au pouvoir d'achat des consommateurs. L'OFT estime à 100 euros la dépense annuelle en 2013, soit le prix de 14,7 paquets de Marlboro, la marque la plus vendue en France.

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